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» plan du site » Articles » 2010 - 2009 » 2010 : Le synode des évêques du Moyen-Orient Conférence de Mgr Michel Chafik (Organisée par l’Équipe œcuménisme de St François de Sales) 13 octobre 2010 « Le Moyen-Orient occupe une place particulière dans le cœur de tous les chrétiens, puisque c’est là que Dieu s’est fait connaître pour la première fois à nos pères dans la foi » (Benoît XVI, le 6 juin 2010, lors de son voyage apostolique à Chypre) Introduction Chers amis, bonjour, soyez les bienvenus, nous allons essayer d’éclairer un peu l’événement qui se déroule actuellement à Rome, la réunion du synode des évêques pour le Moyen-Orient. A l’origine du synode, la demande de nombreux évêques du Moyen-Orient. Une demande accueillie favorablement par le Saint Père après son voyage en Terre Sainte de mai 2009. En décidant de ce rassemblement, Benoît XVI témoigne de sa proximité avec les Églises qui souffrent dans cette région si sensible et rappelle que l’Église Universelle est communion d’Églises. Communion et témoignage sont d’ailleurs le double objectifs de ce synode. Témoignage de Jésus-Christ et communion en Église et entre les Églises, qu’elles soient ou non en communion avec Rome. Communion aussi dans la relation fraternelle avec des compatriotes d’autres religions, musulmane ou juive. Mais qu’est-ce qu’un synode ? Selon l’étymologie, c’est un chemin que l’on parcourt ensemble, un appel à progresser dans la foi, dans l’unité. En Orient, chaque Église est gouvernée en synode. Il n’en va pas de même en Occident où c’est au pape que revient la décision finale. La pratique du synode n’est cependant pas inconnue de Rome. Elle a pour objet de rassembler les représentants des églises d’une région, d’un continent, d’un pays, pour aborder un certain nombre de questions importantes, une période donnée. Que le Moyen Orient suscite actuellement l’attention ne surprend évidement personne. La démarche synodale est très belle. C’est un dialogue à plusieurs voix. Aujourd’hui entre le Saint Siège et les sept Églises catholiques d’Orient : les Églises copte, syrienne, chaldéenne, maronite, grecque melkite, arménienne et latine de Jérusalem, soit 5,7 millions de fidèles auxquels il faut ajouter les 10,7 millions de chrétiens orthodoxes. Au total donc, 16,5 millions de chrétiens, une petite minorité parmi les 360 millions d’habitants, de la région. Ces églises proviennent de traditions culturelles et liturgiques différentes mais elles ont pour caractéristiques communes de s’être développées en Orient, là même où est né le christianisme ; d’être arabes ou très largement arabisées ; de vivre dans un contexte particulièrement difficile : d’une part pace que cette région est bouleversée par la guerre depuis plus d’un demi-siècle ; d’autre part parce que la coexistence entre les chrétiens et les musulmans, un phénomène séculaire, y devient de plus en plus problématique. Chacune de ces Églises a travaillé cet hiver sur les questions qui faisaient suite aux trois chapitres des lineamenta , le canevas préparé à Rome par le conseil pré-synodale. A partir des réponses collectées au lendemain des fêtes pascales, le Secrétariat a rédigé l’ instrumentum laboris , l’instrument de travail autour duquel réfléchissent depuis dimanche les participants au synode. Ce document que je vais maintenant vous présenter passe en revue les difficultés majeures auxquelles sont confrontés les églises du Moyen-Orient. Et d’abord l’émigration : C’est un fait : les Églises orientales se vident. Leurs fidèles sont toujours plus nombreux à émigrer vers l’Europe, les Amériques et l’Australie. Or, quand l’émigration vers d’autres pays arabes est une émigration provisoire - on y part pour quelques années, on y amasse un petit pécule et puis on revient au pays. L’émigration vers l’Occident est sans retour. Le pape est extrêmement préoccupé par cette situation car, si le phénomène se poursuit, le christianisme va disparaître du Moyen-Orient. En envisageant cette hypothèse, on ne fait hélas pas de catastrophisme : plus de la moitié des Palestiniens, en majorité chrétienne, vit hors du Moyen-Orient. Ils sont ainsi plus de 300.000 au Chili. La moitié des chaldéens, soit environ 400.000, ont récemment fui l’Iraq en raison de la guerre (éd. Terra Santa » Giuseppe Caffulli. Historiquement, en un siècle, la présence chrétienne en Turquie est passée de 25% à 0,13%. Lorsqu’une communauté commence à se vider de ses forces vives, le phénomène s’accélère, rien ne peut arrêter l’hémorragie. Il était donc urgent de se réunir et de réfléchir. De réfléchir tant qu’il en est encore temps. Parfois, les diasporas sont plus importantes que les communautés d’origines ; Les patriarches demandent donc un droit de juridiction universelle leur permettant d’établir une hiérarchie hors de leur territoire, à l’instar des Églises orthodoxes. Les causes de cette émigration sont doubles. Elles sont politiques d’abord. L’absence de démocratie, la radicalisation de l’Islam, les conflits, surtout, qui déchirent la région - car, où que l’on soit, on ne peut y échapper - rendent la vie impossible. Il faut partir, quitter le pays, coûte que coûte. Voyez le cas de l’Irakiens et de tant d’autres. A cela s’ajoute un second motif : depuis le XIXème siècle, la présence à l’étranger, aux EU surtout, d’une forte diaspora facilite grandement l’intégration et l’ascension sociale des nouveaux arrivants. Quelle tentation pour ceux qui, chez eux, ont tant de peine à survivre ! Cette question de l’émigration est particulièrement délicate. L’Église se trouve aussi partagée entre des obligations contradictoires : aider et soutenir les communautés chrétiennes à se maintenir là où elles sont, mais aussi, lorsque les familles ne peuvent plus supporter les conditions dans lesquelles elles se trouvent enfermées, faciliter leur exode, leur intégration dans le pays d’accueil. Au risque bien sûr de voir les Églises locales devenir exangues. Il n’ya évidemment pas de réponse absolue à cette question de l’émigration sur laquelle le synode tentera, néanmoins, de se prononcer. Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ? Pourront-ils résister longtemps à la montée du radicalisme et du prosélytisme islamique ? Le problème se pose, à des degrés variables, dans tous les pays représentés aux synode ; à l’exception peut-être du Liban, qui n’est pas un pays musulman mais un pays arabe où dominent deux religions. Oui, dans tous les pays où la charia est la source du droit, les chrétiens se trouvent aujourd’hui menacés. La charia, la loi islamique, vous le savez, n’est pas égale pour tous. Selon que l’on est homme ou femme, musulman, juif, chrétien ou athée, on est traité différemment. Les Églises orientales souffrent cruellement de ces discriminations, comme de l’absence de liberté et de démocratie. En terre d’Islam, la liberté de culte a toujours existé pour les chrétiens. La liberté de conscience, en revanche, n’est pas reconnue. Par liberté de conscience, j’entends la liberté de changer de religion. Or, même dans les pays comme la Turquie qui se prétendent laïcs, si un musulman se convertit au christianisme, il commet un crime : le crime d’apostasie. Il lui faut donc, soigneusement, cacher sa conversion, sa survie en dépend. Plus largement, seuls les musulmans sont libres de proclamer leur foi. Le mot دعوة , qui signifie propagande, prosélytisme, leur est réservé. Les chrétiens réclament seulement le droit à l’annonce تبشير . Ce droit, élémentaire, car qui dit témoignage dit identité, leur est refusé. On le comprend, Il n’ya pas de liberté religieuse sans respect de l’ensemble des droits de l’homme, sans accès à la démocratie. Comment, dans un tel contexte, relever le défi posé par le synode, le défi du témoignage ? L’islam est un tout, un tout religieux, politique et social qui étouffe les Églises, qui désespère ou achète leurs fidèles. Ou achète leurs fidèles, car le prosélytisme, c’est aussi cela. Quelle force doivent avoir nos fidèles pour résister à la propagande, pour résister à la peur, pour résister à leur mort programmée? Comment les accompagner dans leur combat quotidien ? Certains, nous l’avons dit en ouverture, choisissent l’exode. D’autres, qui demeurent malgré tout au pays, cèdent à la tentation du repli identitaire, de l’entre-soi communautaire. Pour se protéger, mais c’est la pire des défenses, ils s’enferment dans un ghetto dont ils sont tout à la fois les prisonniers et les geôliers. La tendance au confessionnalisme , très prégnante au Liban comme dans bon nombre de pays du Moyen-Orient n’est évidemment pas de nature à favoriser un développement de relation entre les religions ni de permettre la construction d’un État ou d’une nation organisée qui respecterait les différentes communautés. Cependant la question d’une éventuelle balkanisation religieuse du Moyen-Orient ne sera pas directement abordée par le synode. L’urgence, pour l’instant, est d’ordre œcuménique . Comment œuvrer « pour que tous soient un » quand les divisions entre catholiques, orthodoxes et, à un moindre degré protestants, ne peuvent être ignorées ?.Ceci est évidemment un scandale et l’est d’autant plus que rien ne justifie la division. Les fidèles, qui suivent volontiers la liturgie dans l’église la plus proche de leurs domiciles, qui se marient entre eux et passent, sans état d’âme, d’une confession à l’autre, ne se sentent pas concernés par ces querelles intestines. Dans la plus part des pays se pratique ainsi un véritable œcuménisme « populaire » entre catholiques et orthodoxes, sauf peut-être en Égypte où la situation est tendue entre la petite minorité copte catholique et les millions de coptes orthodoxes eux-mêmes discriminés par rapport à l’Islam. Les tensions sont le fait des hiérarchies religieuses, catholiques et orthodoxes. Elles doivent se convertir, parler d’une même voix pour être entendues. Car, pour l’essentiel, si ce n’est sur le plan dogmatique dans l’ecclésiologie, il n’y a pas de profonde différence. La réflexion sur la communion avec les autres Églises chrétiennes amène à s’interroger aussi sur la respiration de l’Église catholique . Pour que l’Église universelle puisse respirer à plein poumon, de ses deux poumons, il faut que les Églises de traditions et de rites différents qui la constituent, non seulement coexistent, mais encore collaborent fraternellement ; que leur communion, loin de réduire les particularités, la fasse profiter des richesses particulières propres à chacune d’elles. Mais pour cela, il faut aussi que les Églises orientales s’engagent dans l’affirmation décomplexée de leur identité, de leur arabité . Le mot arabe ne renvoie pas à une race mais plutôt à une culture commune qui, de l’Arabie, s’est répandue toute autour du basin méditerranéen. C’est ainsi que l’on parle de la langue, de la poésie ou encore de la philosophie arabe. Cette zone étant par ailleurs celle où s’est développé l’Islam, les fondamentalistes ont eu beau jeu d’identifier la tradition arabe des origines avec l’Islam, si bien qu’aujourd’hui on assimile communément arabe et musulman. Cette confusion, soigneusement entretenue, explique que bon nombre de chrétiens aient rejeté l’arabité alors même que le concept en avait été crée au XIX e siècle par des chrétiens libanais. La notion d’arabité apparaît pour la première fois en 1880 dans le poème de ابراهيم اليزجي intitulé : استيقظوا ايها العرب réveillez-vous, vous les arabes. Au nom de celle-ci, les habitants de la région étaient appelés à s’unir contre l’oppresseur ottoman (Cf. Samir Khalil, conférence de presse, « Œuvre d’Orient avec les évêques de France ». Paris) . Comment ne pas évoquer pour conclure le conflit israélo-palestinien ? Un conflit qui s’éternise et qui, plus encore que la guerre en Iraq, plombe les relations des États arabes avec l’Occident ; Là encore les chrétiens, présents en Palestine tout comme en Israël où ils constituent l’essentiel de la minorité arabe jouissant de la citoyenneté israélienne, sont les boucs émissaires de toutes les frustrations. L’honnêteté impose de reconnaître qu’il y a, de part et d’autre. Un terrorisme d’inspiration islamique du côté palestinien et, même s’il n’est pas politiquement correct de l’évoquer, un terrorisme d’état du côté israélien. L’occupation est sa forme, une forme radicale car l’occupant prend tout de l’autre. C’est ainsi que l’occupation israélienne tente, méthodiquement, d’effacer la Palestine, de nier les palestiniens. Depuis 40 ans, cette occupation se fait au vu et au su du monde, elle est admise, banalisée, même si certains israéliens reconnaissent qu’on ne saurait revenir à la situation d’avant 67. À cette violence, les palestiniens répondent par un terrorisme de matrice islamique. Rien ne justifie une telle réaction. La violence qui leur est faite est la conséquence des accords internationaux survenus au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle est donc politique, purement politique. Il est de ce fait inadmissible de proposer de ce conflit une lecture religieuse. Un juif français n’a pas à défendre Israël sous prétexte qu’il est juif ; pas plus qu’un musulman n’a à défendre la Palestine, sous prétexte qu’il est musulman. Alors que faire ? Lutter pour le respect du droit, de la justice et de la paix. Pour ce combat les chrétiens sont, de tous, les mieux armés. Par leur culture arabe et leur culture biblique, ils appartiennent en effet aux deux peuples qui se disputent la même terre ; par leur culture chrétienne, ils ont appris à distinguer le religieux du politique, à rendre à César ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu. Ils savent que ce n’est pas Dieu qui dessine les frontières, attribue les terres, qu’Il ne se mêle ni de géopolitique ni de diplomatie. Et surtout, surtout, ils ont appris du Christ que rien ne vaut que le pardon. Chaque année Jean Paul II rédigeait une lettre pour la paix. Son successeur poursuit aujourd’hui cette belle lettre initiative. Une année le pape a écrit qu’il n’y a pas de paix sans justice, l’année suivante, qu’il n’y a pas de justice sans pardon. Pas de paix sans justice, pas de justice sans pardon : il n’ y a pas d’autre alternative, c’est le chemin, l’unique chemin. Samir Khalil, jésuite égyptien, expert au synode, s’y est crânement aventuré en 2009. Le contexte pourtant ne s’y prêtait guère. La guerre faisait rage à Gaza, mais qu’importe ! Invité par un groupe chiite, il a parlé d’abord de dialogue. Comment osait-il ? On l’a aussitôt prié de quitter la salle. Il s’est exécuté. On est venu le rechercher. Il a alors parlé de pardon. « Il faut pardonner » a-t-il dit ; « Nous avons tous quelque chose à pardonner, quelque chose à nous faire pardonner ». Ces propos, tout aussi intolérables que les précédents, lui valurent une nouvelle exclusion. Suivie d’un nouveau retour vers le lieu du débat pour une ultime intervention sur le pardon, encore et toujours ; il ne pouvait y renoncer. N’est-ce pas le seul message qu’un chrétien puissent porter en ces lieux de conflit ? Malmenées par l’histoire, les Églises du Moyen-Orient ont donc d’immenses défis à relever . Celui de durer d’abord, de rester là , accrochés à la Croix en terre d’Islam ; celui, ensuite, d’annoncer la Bonne Nouvelle en Jésus-Christ. Non par la parole, comment le pourraient-elles ? L’intégrisme islamique les a bâillonnées, mais par le silence, l’enfouissement, la charité. Celui d’être enfin des artisans de paix . Les dialogues avec l’Islam et, en Israël Palestine, avec le Judaïsme, est le préalable nécessaire à toute rencontre véritable. Et c’est là que la politique s’invite à Rome où tous les évêques réclament une certaine laïcité. Certainement pas celle qu’on connaît en France, mais une laïcité positive où les religions auraient leur place, où les citoyens seraient tous égaux devant la loi, quelle que soit leur confession. Puisse ce synode montrer que l’on peut être catholique autrement que latin ; et attirer l’attention des Occidentaux sur la disparition annoncée des chrétiens d’Orient.
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