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» plan du site » Articles » 2010 - 2009 » 2010 : Quel avenir pour les chrétiens d’Égypte ? Conférence au FACO PARIS * Dimanche 11 avril 2010 Mgr Michel Chafik Je vous remercie du fond du cœur de m’avoir invité ; invité à parler de ces chrétiens d’Orient qui peu à peu disparaissent de ces terres où tout commença. Quel avenir pour les Coptes ? Notre colloque est placé sous le haut patronage de son Excellence Monsieur Botros Botros Ghali. Au vu de son parcours, exemplaire en tous points, nous pourrions être rassurés. Rien ne serait donc impossible aux chrétiens d’Égypte ! Son Excellence ne serait-elle pas plutôt l’exception qui confirme la règle ? Rappelons par ailleurs qu’être copte l’empêcha, alors qu’il en assurait la fonction, d’avoir le titre de ministre des affaires étrangères et que c’est hors d’Égypte, lorsqu’il fut nommé secrétaire général de l’ONU, qu’il obtint la pleine reconnaissance de ses talents. Depuis, signe de la marginalisation croissante des Coptes, il est le dernier à avoir exercé de si hautes fonctions Il y a de plusieurs mois, j’étais en Égypte. Dès ma descente d’avion, je fus saisi par la lourdeur de l’atmosphère, par la tension palpable qui régnait dans la rue. Plus tard, un confrère qui, pour faire rénover son église, se débattait dans d’invraisemblables complications administratives, me parla d’étouffement. Étouffement : le mot sonnait juste. Les chrétiens d’Égypte souffrent, non pas de persécution comme en Irak, mais d’un mal-être profond, d’un sentiment diffus d’insécurité qui les pousse à partir. Qu’est-il arrivé à l’Égypte où, pendant sept cents ans, musulmans et chrétiens ont vécu côte à côte ? Cette cohabitation ne fut certes pas un long fleuve tranquille. Lorsque les musulmans furent devenus majoritaires au 10ème siècle, les coptes furent condamnés à la dhimmitude. Les hommes néanmoins cultivaient la convivialité, partageaient le pain, les joies et les peines. Aujourd’hui ce vivre ensemble millénaire semble condamné, les communautés se sont inexorablement éloignées. Entre elles, tout aussi infranchissable que le mur de béton israélien, s’est élevé un mur de défiance et d’intolérance. Les causes de cette évolution sont légion : Notons d’abord l’héritage empoisonné de l’histoire. Si la dhimmitude, aujourd’hui, ne figure plus en tant que telle dans le droit égyptien, elle reste une réalité, un état d’esprit et d’action intériorisé par tous. Les mots changent plus vite que les réalités qu’ils recouvrent. En Égypte, on ne parle certes plus de dhimmitude mais, dernier avatar de celle-ci, de minorité. En terre d’Islam où l’individu n’existe pas en tant que tel, où seule compte l’appartenance à la communauté, il ne fait pas bon être minoritaire et si, par naissance, par malchance, vous en êtes, vous serez condamné à l’impuissance. On tolérera votre existence en tant qu’entité mais on vous dépouillera de tout pouvoir. C’est ainsi que les coptes, qui représentent 10°/° de la population égyptienne, la première communauté chrétienne du monde arabe, sont dans leur vie quotidienne victimes de discriminations flagrantes. S’ils sont libres d’aller à l’église et de pratiquer leur culte, ils paient cette tolérance au prix fort. Trouver un emploi, un logement, éduquer dignement leurs enfants relève pour eux du parcours du combattant. Même si les dirigeants ont affirmé à maintes reprises que les coptes font partie intégrante de la nation, ils ne sont que des citoyens de seconde zone. Soumis au bon vouloir des exécuteurs de la loi, ils ont toujours tort et aucune tribune où faire entendre leur voix. Écartés de fait du pouvoir politique, marginalisés dans le monde administratif et culturel, ils sont privés de tout avenir. Le contexte économique ensuite rend plus précaire que jamais la situation des Coptes. L’Égypte est confrontée à la crise économique mondiale, à une inflation galopante, à un taux de chômage record, bref, à une misère multiforme qui touche non seulement les plus pauvres mais aussi la classe moyenne. Oui, tout le monde souffre en Égypte, mais les coptes plus que d’autres pour délit de religion. La corruption des fonctionnaires, l’incurie des dirigeants ajoutent encore aux difficultés rencontrées par les chrétiens. A 81 ans le président Moubarak, qui finit son 5ème mandat, prépare sa succession tandis que se dégrade le climat politique. Il tient d’une main de fer le pays où, sans raison, l’état d’urgence est maintenu depuis 1981. Mais, s’il garde le contrôle du politique et de l’économique, il est absent du champ social, religieux et culturel. Les frères musulmans, pourtant officiellement interdits depuis 1954, et les tenants du wahhabisme ont eu tout loisir d’occuper cette vacance, d’infiltrer la société, d’en modifier en profondeur les références et les comportements. Ils occupent désormais l’espace publique à travers mille signes extérieurs : prières dans la rue, dans les bureaux et les usines ; lectures du Coran dans les taxis et les autobus ; visages mangés par les barbes ou occultés par le Niqab ; cheveux cachés par les foulards. La piété doit s’afficher et ceux qui, parce que d’une autre religion, n’en portent pas les signes, sont ostensiblement désignés à la vindicte populaire. C’est ainsi que, pour n’être pas agressées, bien des chrétiennes couvrent à leur tour leur chevelure. Pauvre, pauvre Égypte qui s’enfonce, comme on se noie, dans l’obscurantisme, dans le fanatisme ! Quand le monde entier court vers le 22ème siècle, les islamistes veulent arrêter le temps, en inverser le cours, revenir aux origines, au 7ème siècle. Le conservatisme ambiant et le refus de la pluralité religieuse font d’autant plus de ravages que l’école et l’université sont dans un piètre état. Les Coptes, image dérangeante de l’autre, sont les premières victimes de cette lente et sournoise détérioration du climat social. Dans un environnement communautaire excessivement tendu, les incidents se multiplient et sont prompts à dégénérer. Des églises sont incendiées, des fidèles agressés, des jeunes filles enlevées et contraintes d’embrasser la foi musulmane. Soucieuses de calmer le jeu, les autorités tentent de minimiser les faits. A lire la presse égyptienne, il s’agirait, ici d’une banale affaire de vendetta, là de l’œuvre d’un désaxé. Il semblerait que l’Égypte soit le pays au monde le mieux pourvu en fous ! Mais comment ne pas voir, derrière les exactions dirigées contre les coptes, l’influence de l’islam radical ? Le président Moubarak a beau assuré que « personne ne peut porter atteinte à l’union entre les musulmans et les chrétiens », l’objectif des frères musulmans est clair : ils veulent prendre le pouvoir, rétablir la charia, effacer les Coptes. Effacer les Coptes c’est, pour les plus radicaux, les mettre à mort. Il n’est qu’à rappeler le Noël sanglant de Nageh Hamadi où ils furent mitraillés comme au champ de foire. On a parlé dans les médias de tensions interreligieuses, expression inadaptée puisqu’elle sous-entend entre les parties en conflit, une certaine égalité. On a invoqué aussi des affrontements intercommunautaires, mais faut-il rappeler qu’avant d’appartenir à une communauté, le chrétien est membre du corps du Christ dont la forme, en ce monde, est l’Église ? Les assassins de Nagah-Hamadi, qui ont perpétré leur forfait devant une église le jour où s’y célébrait la naissance de l’Enfant-Dieu, l’ont parfaitement compris : les chrétiens étaient la cible désignée. Effacer les Coptes, c’est aussi les chasser, les pousser sur les chemins de l’exil. Les jeunes, dont l’avenir est bouché, ne pensent qu’à cela : partir, aller là-bas, peu importe où, là-bas n’étant finalement que le contraire d’ici. Un lieu où la misère relâchera peut-être son étreinte, où cesseront peut-être les brimades. Mais l’exil, c’est l’arrachement à tout ce que l’on aime, l’épreuve si rude qui fait que l’on n’a plus ni langue, ni identité. Les sans papiers, innombrables ici où, malgré la crise, la vie reste douce, sont des fantômes condamnés à l’errance perpétuelle. Cependant, pour stopper l’hémorragie qui pousse les coptes à fuir l’Égypte, les discours incantatoires semblent bien dérisoires, indécents même. Effacer les Copte, c’est enfin les contraindre à la conversion. De la manière forte, en les brimant, en les terrorisant ; de manière détournée, en leur présentant les avantages qu’ils auraient à rejoindre l’Islam. Certains, m’a-t-on dit, se voient proposer pour se convertir à l’Islam jusqu’à 10.000 livres égyptiennes, soit 1500 euros : une petite fortune ! Comme par miracle, celui qui se convertit obtient le travail, l’appartement ou le prêt qui jusqu’alors lui était refusé. A force de pressions, d’intimidations au quotidien, on devient musulman pour avoir la paix, pour faire carrière, pour se marier avec une musulmane et on voit sa vie changer du tout au tout. L’Église copte cependant reste bien vivante en Égypte. Dans les rues du Caire, en Haute-Égypte, partout elle affleure. Notre Église est une Église très ancienne, fondée par Saint Marc au premier siècle. Centre des grands débats théologiques qui fixèrent le Credo, elle fut marquée par le monachisme et par les martyrs dont un calendrier perpétue aujourd’hui encore le souvenir. C’est enfin une Église nationale, enracinée dans l’Égypte profonde dont elle partage, inéluctablement, les tourments. Les Coptes se trouvent ainsi à la croisée des chemins, tiraillées entre l’appel du désert, la tentation du repli identitaire et leur vocation à demeurer, envers et contre tout, des témoins de la Croix au pays du Croissant. L’appel du désert se fait de nouveau entendre pour les plus ardents, les plus brillants qui se regroupent dans les monastères où, chaque week-end, les fidèles viennent en grand nombre retrouver leur « abouna ». Que les monastères soient pleins est, bien sûr, le signe d’un renouveau spirituel, d’une formidable vitalité qui s’inscrit magnifiquement dans notre tradition. Mais ce peut-être aussi une façon de prendre congé du monde. Si toutes ses forces vives s’y retiraient, l’église copte deviendrait alors une église du samedi saint, figée dans l’attente, ce qui ne serait pas sans danger. Comme n’est pas sans danger la tentation du repli identitaire. Par peur, par mimétisme, on hésite à se mêler, on reste entre soi, crispés sur ses particularismes, enfermés dans un conservatisme de survie, dans un ghetto dont on est tout à la fois le geôlier et le prisonnier. On fait de la surenchère dans la stricte observance de la loi et des pratiques et, quand se radicalise l’Islam, se radicalise aussi le Christianisme. Plus grave encore, comme les musulmans, on dissocie foi et raison et l’on interprète, à la lettre, les Écritures. Le temps s’arrête si bien que le Christianisme, Verbe incarné dans l’Histoire, se dénature peu à peu. Consciente de ces dérives, l’Église copte catholique, qui rassemble quelque 250.000 fidèles, tente de réagir, de remonter le courant, de la religion sociologique à la communauté de foi, de la foi de formalisme rituel au vrai sens de la liturgie, signe de foi. Elle fait ainsi un effort particulier de catéchèse ; dispense dans ses écoles un enseignement de si grande qualité que les élites musulmanes n’hésitent pas à y inscrire ses enfants. Même si ceux-ci ont désormais tendance à pratiquer l’ apartheid - on ne joue pas avec les enfants de l’autre communauté- les graines semées porteront bien quelques fruits ; dans ses institutions religieuses enfin, elle s’interroge sur sa vocation profonde. L’oriental sait, plus que d’autres peut-être, s’abandonner pleinement à la volonté du Seigneur, s’enraciner dans la vie donnée, quelle qu’elle soit. Les Coptes sont ainsi membres d’une Église minoritaire et souffrante, enfouie en terre d’Islam comme le levain dans la pâte. Quand, du haut des minarets, la voix entêtante du muezzin proclame qu’Allah Akbar, Dieu est grand, dans le chœur de leurs églises, les chrétiens chuchotent qu’Il est aussi le Très-Bas, le Très-Petit. C’est ainsi qu’ils portent témoignage, qu’ils vivent leur fragilité comme une épreuve certes, mais une épreuve transcendée par la grâce : la grâce de demeurer fidèles au mystère du Christ dont leur Église est l’icône vivante. Cette nécessaire remontée aux sources vient adoucir ce qu’aurait de trop virulent le seul souci de survie et fait des Coptes un peuple de témoins. Mais pour combien de temps encore ? Les perspectives, vous en conviendrez, ne sont guère encourageantes. Si rien n’est fait pour enrayer l’exode massif des Coptes, l’Égypte sera, uniformément, musulmane. C’est un pan entier de sa culture qui, gommée déjà des manuels scolaires, mais pieusement conservée par la communauté, disparaîtra alors. C’est un rapport au monde, à la connaissance, à l’autre, qui s’effacera aussi des bords du Nil. Privés du miroir copte, cet empêcheur de tourner en rond, les musulmans se radicaliseront encore. Les Coptes refusent que s’écrive à leur propos la chronique d’une mort annoncée. Ils veulent demeurer en Égypte où, depuis toujours, ils sont chez eux. Alors que faire ? Renoncer aux « incha’allah » qui ponctuent le discours et influencent la pensée ; prendre en charge son destin ; ne pas baisser les bras mais, comme nous y invitent le Saint Père et les patriarches d’Orient, travailler pour rester sur cette terre où naquit le christianisme ; pour y vivre avec les musulmans, dialoguer avec eux, faire tomber les peurs et les préjugés, tisser des liens, construire des ponts. Le prêtre que je suis, contre tout espoir, cultive l’espérance et rend grâce. Je rends grâce car, comment n’est pas voir que la pérennité du christianisme en Égypte, malgré les brimades, malgré les persécutions, est un miracle ? Mais, quand le prêtre rend grâce, le citoyen se bat. Il se bat en Égypte aux côtés des coptes qui, depuis peu, font entendre leur voix. Ils organisent des manifestations, demandent des comptes au pouvoir, sont présents dans les médias et sur internet. Avec Moubarak, la presse est libre et ils apprennent à l’utiliser. Comme ils apprennent à utiliser internet dont l’influence est à double tranchants : les fatwas s’y multiplient mais aussi les débats contradictoires. Il se bat aux côtés des musulmans éclairés qui osent, depuis peu, l’impensable, prononcer les mots interdits de laïcité, citoyenneté, égalité المواطنة والمساواة والعلمنة : Trois termes qui, lorsqu’on pourra les conjuguer en Égypte, sonneront comme le chant du cygne de la notion de minorité. Il se bat ici, car sans le soutien de l’Occident, sans votre soutien, nous sommes condamnés à être balayés par le vent de l’histoire. Il faut espérer que le synode des Églises orientales, qui se tiendra à Rome au mois d’octobre, mobilisera la communauté internationale. Même si les chrétiens d’Orient doivent apprendre à exister par eux-mêmes, à s’accepter pour ce qu’ils sont : non une simple réalité sociale mais des témoins accrochés à la Croix en terre d’Islam. Mgr Michel Chafik Recteur de la Mission copte catholique de Paris Communauté Notre Dame d’Égypte * FACO PARIS : Faculté libre de Droit d'Économie et de Gestion, rue Notre Dame des Champs Paris 6ème www.facoparis.com (Faculté Autonome CO-gérée).
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Notre Dame d'Égypte