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» plan du site » Articles » 2013 » 2013 - 2ème semestre : Une lecture copte de la révolution égyptienne Pour le Rotary-club de Paris 6 novembre 2013 Une lecture copte de la révolution égyptienne Monsieur le Président, Madame le Secrétaire général, Chers amis, Bonjour. Permettez-moi de remercier tout particulièrement monsieur Didier Mellini à qui je dois d’être parmi vous. Je suis très touché de l’intérêt qu’en me donnant la parole ce soir, vous manifestez pour mon pays. Vous aimerez sans doute savoir ce qu’il s’y passe et qui est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Si vous en êtes d’accord, je vais vous proposer une lecture copte de l’actualité égyptienne. Pour ce faire, après vous avoir présenté les fondements de l’identité copte, je vous entraînerai, bien loin de l’automne parisien, du côté du printemps égyptien. Un printemps comme une révolution, un printemps qui rêvait d’accoucher d’une nouvelle Egypte. Cet accouchement, incroyablement long, incroyablement douloureux, n’est pas terminé : aujourd’hui encore, l’Egypte, est au travail. Dans un tel contexte, l’avenir bien sûr se révèle incertain mais, plus forte que ces incertitudes, l’espérance d’un monde meilleur nous anime. I- L’identité copte : Mais commençons par le commencement, un commencement qui, peut être, vous surprendra. Pourquoi diable, parler de religion quand c’est de politique qu’il s’agit ? En Occident, le principe, très sage, de la laïcité interdit de confondre les champs. C’est, faut-il le rappeler, le Christ Lui-même qui instaura une saine distinction entre les Affaires de ce monde et les Affaires de son Père. En Orient, les choses sont plus compliquées. La religion fait partie intégrante de l’identité. Elle vous définit au même titre que votre patronyme, que votre sexe ou votre nationalité. Aussi vais-je, en préambule, vous parler de mon Eglise. Selon l’étymologie, les coptes sont les premiers habitants du pays, les héritiers de l’Egypte pharaonique. « Aiguptos » signifie en effet égyptien. Après la conquête arabe de 641, ce terme fut réservé aux seuls chrétiens. Aujourd’hui les Coptes sont devenus minoritaires en Egypte où ils représentent seulement 10°/° de la population et, comme les chrétiens d’Iraq, de Syrie et de Palestine, ils se trouvent confrontés à la question de leur survie sur place. Leur Eglise est une église très ancienne, fondée par Saint Marc. Elle doit son identité à trois éléments importants, à trois pyramides élevées au tout début de l’ère chrétienne. La première de ces pyramides de l’histoire ecclésiastique copte est la réflexion théologique initiée par de grands saints : saint Athanase, champion de la foi orthodoxe au concile de Nicée en l’an 335 et saint Cyrille, défenseur au concile d’Ephèse, de la maternité divine de la vierge Marie. La seconde pyramide est le témoignage : l’Église copte est fécondée depuis ses origines par le sang de ses martyrs. Aujourd’hui encore, le même sacrifice se perpétue. La troisième pyramide est la vie érémitique et ascétique. Notre Église a vu naître les vocations de nombreux moines et ermites, dont saint Antoine et saint Pacôme qui ont noué au désert, en ce lieu de grande solitude, une intimité toute particulière avec le Père. Ces trois pyramides constituent l’histoire vivante de l’Église copte, son histoire spirituelle. Même s’il y a une tendance à considérer les Coptes comme des citoyens de seconde zone, plus proches, du fait de leur religion, des puissances occidentales que de leurs frères égyptiens, ils ont, depuis la nuit des temps témoigné de leur attachement viscéral à l’Egypte. Il faut espérer que l’histoire qui est en train de s’écrire ne les contraindra pas à l’émigration. Car l’exil, comme me le prouve chaque jour mon travail à la tête de la Mission, est une terrible blessure, un deuil sans fin, une dramatique expérience de dépersonnalisation qui fait que vous n’êtes plus rien. Vous n’avez plus ni langue, ni nom, ni passé. Dramatique sur le plan individuel, l’exil l’est aussi sur le plan national et international. Il vide l’Egypte d’une part de ses forces vives et condamne les musulmans à l’entre soi. Si le pays chasse ses chrétiens qui sont comme un pont avec l’Occident, ce sera une grande perte pour le dialogue entre les races et les cultures. Après avoir rendu à Dieu ce qui est à Dieu, venons en à César, à la seconde partie de notre exposé, une révolution en deux actes. II- Une révolution en deux actes : A) Premier acte : En 2011, après la Tunisie, l’Egypte a fait sa révolution. « Kefaya » !, ça suffit, criaient les jeunes de la place Tahrir qui n’en pouvaient plus d’être volés, humiliés, asservis par le pouvoir de Moubarak. Ils ne demandaient pas la lune, seulement de pouvoir vivre dignement dans leur pays. Vous connaissez la suite: Moubarak fut destitué et un nouveau président, Mouhamed Morsi, membre de la confrérie des Frères musulmans fut élu à une majorité de 51°/°. A l’époque en effet la confrérie était le seul parti un peu structuré du paysage égyptien ; par ses oeuvres sociales, elle avait infiltré toute la société où son influence était considérable. Il y eut enfin, c’est une évidence, de nombreuses irrégularités dans les élections. Permettez-moi de vous rappeler que la confrérie a pour objectif de rétablir le califa, autrement dit d’établir un état panislamique avec à sa tête un nouveau calif. Présents dans plus de 60 pays, les Frères refusent les frontières actuelles et croient à la lutte armée pour atteindre leur but. Comme nous l’a révélé l’épisode Morsi, ils placent les intérêts de leur plan panislamique avant même les intérêts de l’Egypte Quoiqu’il en soit, à peine élu, Morsi s’est révélé être l’homme de paille du guide suprême. Il a engagé une véritable politique de noyautage de tous les rouages de l’Etat au seul bénéfice de la confrérie. Il a promulgué trois décrets anticonstitutionnels. Parallèlement à cela, il a écarté des Affaires les plus modérés des Frères. Les juges, les militaires les journalistes, les libéraux, bref, toutes les forces vives de la nation ont été muselées tandis que le peuple s’enfonçait dans une misère sans nom. B) Second acte : Nouvel épisode, mars 2013 : pour protester contre cette politique inique et la mainmise islamiste sur le pays, un groupe de jeunes réunit vingt millions de signatures pour une pétition demandant au président d’organiser des élections anticipées. Convaincu de sa défaite annoncée, celui-ci s’y refusa. Le 30 juin, jour anniversaire de son arrivée au pouvoir, trente million de personnes descendirent alors dans la rue pour hurler leur colère et dénoncer son désastreux bilan politique et social: les libertés civiles ont été rognées, les minorités maltraitées plus encore que sous le précédent régime, l’économie s’est effondrée, plongeant le peuple dans une misère inégalée. Les gens souffrent de la faim, ils n’ont pas de travail et les touristes ont déserté le pays. Au terme de ces contestations, et grâce au soutien de l’armée, le président Morsi fut destitué. Contrairement à ce qu’on a pu lire ici et là, il ne s’agit pas d’un coup d’Etat mais d’un coup de démocratie : de la conclusion de la seconde révolution engagée avec les grandes manifestations de l’été dernier. Durant cette nouvelle période transitoire, le pouvoir a été confié, comme le veut la constitution, au chef de la Haute Cour constitutionnelle, Adly Mansour. Une feuille de route a été établie en prévision de la rédaction de la nouvelle constitution, de l’élection du parlement ainsi que du président. Quant à l’armée, elle ne gouverne pas, elle ne s’est octroyée aucun privilège, elle est seulement la gardienne de la révolution. Les partisans de Morsi cependant ne baissent pas la garde. Depuis cet été, les violences se multiplient, on dénombre à ce jour quelques huit cents victimes et le couvre feu, toujours en vigueur, n’y fait rien. Comme toujours en période de crise, les chrétiens sont la cible des fondamentalistes, les boucs émissaires de toutes les frustrations. Une centaine d’églises, de monastères, d’écoles, d’hôpitaux ont été attaqués, des chrétiens ont été tués ou enlevés. Une telle violence est inédite en Egypte qui ne connaissait jusqu’alors que des attaques sporadiques venues des plus extrémistes des Frères et des salafistes. J’en viens maintenant à mon troisième point : III- Les raisons d’espérer en un avenir meilleur : Et maintenant ? Il est très difficile de prévoir la suite : les fondamentalistes voudraient que le pays bascule dans une guerre civile fratricide. Les Frères musulmans et leurs alliés ont, dans le Sinaï, les moyens d’opter pour la politique du pire. A priori, ce choix serait une erreur qui leur aliénerait davantage la population. Mais il pourrait être imposé par une base qui se radicaliserait ou dans le cas où les Frères seraient totalement exclus du jeu politique par la nouvelle coalition. Il y a d’autres sources d’inquiétude. Il est également difficile de savoir si l’état de l’économie va permettre ou non d’ajourner les décisions impopulaires. Tout dépendra de l’attitude des pays du Golf qui semblent prêts à apporter à l’Egypte une aide importante. Enfin on peut légitimement se demander si la coalition qui a remplacé les Frères a les moyens de durer. Les membres de l’ancien régime, les jeunes révolutionnaires, les laïcs et les salafistes, les démocrates et ceux qui préconisent une modernisation autoritaire du pays peuvent-ils faire un bout de chemin ensemble ? Ce qui est sûr en revanche c’est que l’Egypte est aujourd’hui un gigantesque chantier qui se cherche désespéramment un leader, des partis compétents et de l’argent. Donc oui, la situation est grave mais, par nature et par foi, je demeure optimiste. Je demeure optimiste car désormais les choses sont claires. Les masques sont tombés, les Frères musulmans ont abattu leurs cartes et ces cartes déplaisent fortement au pays. Les musulmans d’Egypte sont, dans leur très grande majorité, modérés. Ils refusent l’intégrisme, ils refusent le Din wa dawla, c’est-à-dire l’ Etat et religion ou tout religieux. Nous demandons, musulmans et chrétiens confondus, l’instauration d’un Etat civil et nous sommes tous unis pour vaincre le terrorisme. Les chrétiens refusent, quelles que soient les provocations, de se laisser entraîner dans la spirale de la violence et enfermer dans la polarisation musulman contre chrétien. Malgré les très nombreuses attaques dont ils sont victimes, ils ont compris que ces actes de terrorisme visent avant tout leur patrie, l’Egypte. C’est pourquoi, lorsqu’en Haute-Egypte, des églises ont été incendiées par des partisans fanatisés de Morsi, les évêques n’ont pas crié vengeance, bien au contraire. Ils ont rassuré leurs fidèles et prié pour la réconciliation. Les paroles du pape orthodoxe Tawadros II : « Nous offrons nos églises en sacrifices pour que vive l’Egypte », ont eut un retentissement énorme. Des musulmans se sont mobilisés par centaine pour veiller sur les églises et se cotisent maintenant pour que celles qui ont été détruites soient reconstruites. Comme hier place Tahrir, chrétiens et musulmans se protègent mutuellement contre toute forme de totalitarisme. Oui, une nouvelle Egypte est en train de naître et ses bâtisseurs, chrétiens et musulmans, ne forment qu’un seul peuple. C’est aujourd’hui mon crédo, la source de mon espérance. Mgr Michel Chafik Recteur de la Mission copte catholique de Paris télécharger
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