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Articles 2013 2013 - 2ème semestre :     (titres des images : précédent ; suivant ; usage au clavier : flèche gauche et flèche droite ; précédent (clavier : flèche gauche) ; suivant (clavier : flèche droite) ; précédent ; suivant ; usage au clavier : flèche gauche et flèche droite)
» Articles » 2013 » 2013 - 2ème semestre : LE ROLE PACIFIQUE ET STRUCTURANT DE LA RELIGION Crans Montana Forum Bruxelles, 17 octobre 2013 LE ROLE PACIFIQUE ET STRUCTURANT DE LA RELIGION Intervention de Mgr Michel Chafik * Les Coptes sont les chrétiens d’Egypte, les premiers habitants du pays comme le confirme l’étymologie du terme. « Aiguptos » en effet signifie égyptien. Aujourd’hui pourtant les Coptes sont devenus minoritaires en Egypte où ils représentent seulement 10°/° de la population et, comme les chrétiens d’Iraq, de Syrie et de Palestine, ils se trouvent confrontés à la question de leur survie sur place. Mon exposé s’articulera autour de trois points : après avoir posé le principe préalable d’une saine laïcité, j’aborderai le souci de la justice et du bien commun qui anime la doctrine sociale de l’Eglise. Pour conclure, je vous parlerai du refus de la violence et de l’action en faveur de la paix tels qu’ils s’expriment en Egypte. 1. Le principe préalable d’une saine laïcité Pour en venir à notre sujet, force est de constater que les trois religions monothéistes, le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, ont entre elles des liens tout à fait particuliers. Chacune d’elle, avec ses charismes propres, est appelée à œuvrer pour la paix, à travailler au développement de l’homme dans toutes ses dimensions. C’est particulièrement vrai au Moyen Orient où la religion joue un rôle central dans la vie des individus et des communautés, où personne ne peut écarter la religion de la vie publique et la limiter aux seules liturgies. Mais l’histoire nous enseigne aussi combien la confusion entre religion et politique peut s’avérer pernicieuse. En effet, quand la religion se transforme en idéologie politique, elle s’écarte de son but essentiel et devient un instrument pour conquérir le pouvoir et asservir le peuple. Nous venons d’en faire la triste expérience en Egypte où la révolution initiée par les jeunes de Tahrir fut un temps confisquée par les Frères musulmans. Quand la politique, de son côté, interdit toute expression publique de la religion, elle porte atteinte à la fine pointe de la liberté humaine. C’est pourquoi une saine laïcité est nécessaire. Celle-ci se trouve à mi-chemin entre deux excès : d’une part le fondamentalisme violent qui revendique une origine religieuse ; d’autre part la laïcité, devenue sécularisme, qui prétend que l’Etat seul peut légiférer sur sa forme publique. Le rôle pacifique et structurant des religions s’inscrit dans cette double tention, dans le refus de ces deux écueils que le pape François dénonçait récemment dans le quotidien « Repubblica » du 4 oct. 2013. Ainsi comprise les religions sont facteurs de paix. « Au lieu d’être instrumentalisée dans des conflits répétés et injustifiables pour un croyant authentique, la reconnaissance d’un Dieu unique peut, si elle est vécue avec un cœur pur, contribuer puissamment à la paix et à la cohabitation respectueuse des hommes » (Benoît XVI, « Ecclesia in Medio Oriente »). J’en viens maintenant à mon second point, 2. Le souci de la justice et du bien commun Nul plus qu’un prêtre dans ma situation ne peut être attaché à la paix. Celle-ci ne peut s’obtenir sans la communication entre les êtres humains, le respect de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la fraternité. Ainsi entendue, la paix est œuvre de la justice et effet de la charité. La recherche de la justice, sur le plan individuel, et celle du bien commun, sur le plan collectif, sont au cœur de la Doctrine sociale de l’Eglise qui a son origine dans les paroles et les actions de Jésus. Revenons sur l’idée de justice : il n’ y a pas de justice sans reconnaissance de l’égalité des hommes entre eux. Or la notion d’égalité n’est pas donnée à l’état de nature, l’inégalitarisme semble même consubstantiel aux sociétés premières. L’attitude la plus ancienne consiste à rejeter celui qui est différent, à lui dénier même toute humanité. Il est, selon les époques et les lieux, un métèque, un sauvage, une créature décérébrée. Le seul fait que le Créateur soit le Père de tous équivaut à une égalité de base entre les humains. En ce sens, les monothéismes représentent un pas vers l’égalité. Mais le Christianisme va plus loin encore. A preuve, ces paroles de Saint Paul : « il n’ y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, puisque tous ont un même Seigneur » (Galates 3,28). De telles déclarations sont, pour l’époque, révolutionnaires. St Paul n’a certes pu abolir l’esclavage, mais il a ouvert la voie à une réflexion ultérieure qui aboutira à son abolition. Il n’a pu abolir la discrimination entre l’homme et la femme, mais il a ouvert la voie à une réflexion dans ce sens. Cette reconnaissance en l’autre, par delà ses différences, d’un frère, d’un semblable, est riche de conséquences. Elle impose de le regarder, de l’écouter, de dialoguer avec lui ; bref, de respecter ses droits, ses croyances et ses biens. « Ubi societas, ibi jus ». Toute société repose sur la justice. Cette exigence de justice n’est cependant que le minimum exigé disait Paul VI. A son tour la charité, dont l’autre nom est l’amour, dépasse la justice. C’est le don sans l’attente du contre don, c’est le pardon en cas de refus du don. Comme la charité vise le développement intégral de toute la personne humaine, la recherche du bien commun a pour but le développement de tous les hommes, de toute la famille humaine sans distinction ni de race, ni de sexe, ni même de religion. La Doctrine Sociale de l’Eglise est la quête du développement intégral de tout l’homme et de tout homme dans l’amour de la vérité. Mais quelles sont les bases de l’état de droit selon le Christianisme ? J’évite à dessein le terme « racines chrétiennes » pour prévenir la polémique, même si j’assumerais volontiers l’expression. La base c’est la dignité de la personne, « imago Dei », « image et ressemblance » de Dieu. C’est pourquoi les institutions doivent être au service de la personne et non l’inverse, comme cela se fait dans les régimes totalitaires. La personne possède une dignité et des droits irréductibles liés à sa nature de créature de Dieu. La liberté est l’expression de cette dignité humaine pour laquelle se battent les chrétiens. Permettez-moi de revenir sur le problème si sensible pour nous, chrétiens en terre d’Islam, de la liberté religieuse. L’Etat n’a pas à s’en mêler, sauf pour la garantir dans la vie sociale. C’est ce qui s’appelle la laïcité, la séparation entre la religion et le Pouvoir. La séparation est proclamée par Jésus : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ». (Mathieu 22, 21). Elle ne signifie pas l’exclusion ou l’ignorance réciproque, c’est-à-dire le laïcisme. Au contraire Saint Paul insiste sur la loyauté des chrétiens envers les pouvoirs terrestres. Les chrétiens du Moyen Orient doivent jouir d’une pleine citoyenneté et ne pas être traités, du fait de leur appartenance religieuse, en citoyens de seconde zone. Ils doivent pouvoir exercer leur culte sans contrainte car : « La liberté religieuse est le sommet de toutes les libertés ». Il ne s’agit pas de simple tolérance, mais d’une pleine liberté : « Il est nécessaire de passer de la tolérance à la liberté religieuse », comme le rappelait Benoît XVI dans « Ecclesia in Medio Oriente ». Pour conclure, mon dernier point : 3. Le refus de la violence et les actions en faveur de la paix En ces temps troublés, œuvrer pour la paix, c’est d’abord ne pas ajouter à la discorde, à la haine. Lorsqu’en Haute-Egypte, des Eglises ont été incendiées par des partisans fanatisés du président Morsi, membres des Frères musulmans, les évêques n’ont pas crié vengeance, bien au contraire. Ils ont réconforté leurs fidèles et se sont rendus sur les lieux où ils ont prié pour la réconciliation. Les parole du pape orthodoxe, Tawadros II : « Nous offrons nos églises en sacrifice pour que vive l’Egypte » ont eu un retentissement énorme ; ceux qui n’étaient pas encore opposés aux Frères musulmans se sont joints à la population dans un même rejet des islamistes. Des musulmans se sont mobilisés par centaines pour veiller sur les églises et se cotisent maintenant pour que celles qui ont été détruites (près de 90) soient reconstruites. Comme hier Place Tahrir, chrétiens et musulmans se protègent mutuellement contre toute forme de totalitarisme. Pour un chrétien, le nécessaire pardon doit triompher de l’esprit de vengeance. C’est difficile bien sûr, très difficile même, mais inscrit en lettre de feu dans le message christique : « aimez vos ennemis priez pour vos persécuteurs ; ainsi vous serez fils de Votre père qui est aux cieux » (Mathieu 5, 44-45). Les chrétiens qui, en Iraq, en Syrie ou en Egypte refusent de porter des armes, oeuvrent pour la paix. En renonçant à l’action violente et sanglante, en recourant, pour la sauvegarde de leurs droits, à des moyens de défense qui n’entraînent aucune destruction de vie humaine, ils se comportent en artisans de paix. Mais la paix n’est pas seulement l’absence de guerre. Elle est l’harmonie retrouvée qui favorise le respect et la croissance de la vie. En Egypte, l’Eglise copte catholique offre son service social et travaille au développement de l’homme par sa lutte contre l’analphabétisme, ses services de santé, ses soins aux plus fragiles, aux vieillards, aux handicapés, aux lépreux, à tous ceux qui sont dans un besoin particulier. Elle s’investit aussi dans la formation professionnelle des jeunes, le soutien aux petits métiers, à de nombreux projets pour améliorer les revenus des économiquement faibles. Dans ses écoles où elle dispense un enseignement de grande qualité, elle prépare les générations de l’avenir. Ces lieux sont comme une oasis de paix où chrétiens et musulmans vivent ensemble, tissent des liens durables de fraternité et d’amitié. 50 à 80 °/° de nos élèves sont musulmans. C’est le meilleur terrain où semer, bien profond, des graines d’unité et de paix. Le meilleur terrain où former aussi les citoyens de demain qui inventeront la nouvelle Egypte. Dans un pays où l’enseignement est basé sur la mémorisation- apprendre en arabe se dit يحفظ c’est-à-dire mémoriser – nous formons à nos élèves à la réflexion, et au discernement. « Aime ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force et ton prochain comme toi-même » (Mathieu 12,29-31). C’est ce commandement de Jésus qui, en rappelant que l’amour de Dieu et l’amour du prochain ne se peuvent dissocier, fonde la doctrine sociale de l’Eglise. Celle-ci travaille à la paix et au développement par un même amour de Dieu et de l’humanité. Mgr Michel Chafik Recteur de la Mission copte catholique de Paris « Notre Dame d’Egypte » * En l’absence de Mgr Chafik, le diacre Pierre Botros s’est fait son porte-parole.
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