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Articles 2008 - 2007 - 2003 La laïcité est-elle possible en Égypte ? (titres des images : précédent ; suivant ; usage au clavier : flèche gauche et flèche droite ; précédent ; suivant ; usage au clavier : flèche gauche et flèche droite)
» Articles » 2008 - 2007 - 2003 » 2007 : La laïcité est-elle possible en Égypte ? La laïcité est-elle possible en Égypte ? A l’Œuvre d’Orient, le mercredi 19 décembre 2007 La laïcité, rêve partagé des coptes et des musulmans éclairés, n’est malheureusement pas le chemin le plus évident pour les pays arabes. « Quel avenir pour les Chrétiens d’Orient ? », tel était le thème du colloque organisé en novembre dernier par IESR et l’EPHE. Nombreux sont, désormais, ceux qui rédigent à leur propos la chronique anticipée d’une mort annoncée. N’est-ce pas aller trop vite en besogne et méconnaître les aléas de l’histoire ? Les Chrétiens du Nil, qui ont vécu par le passé des épreuves autrement plus difficiles, s’attachent à faire mentir ces nouveaux prophètes de l’Apocalypse. Ils témoignent par leur présence, en Egypte, de la coexistence qu’il faut croire possible de la Croix et du Croissant, même là où ce dernier est dominant. Les Coptes, qui représentent 10% de la population égyptienne, forment la première communauté chrétienne du monde arabe. Dans une société régie, non par l’identité citoyenne mais par l’appartenance religieuse, leur situation est d’une extrême précarité. Ils survivent néanmoins, membres d’une Eglise minoritaire et souffrante qui puise dans le “n’ayez pas peur” christique la force de se battre pour la reconnaissance de ses droits. • Une liberté de culte toute théorique pour des citoyens de seconde zone Les Coptes, dont le nombre exact est sujet à polémique, sont libres d’aller à l’église, de pratiquer leur culte, de célébrer les mariages et les funérailles selon leur rite. Mais ils paient cette liberté, ou plutôt cette tolérance, au prix fort et sont, dans leur vie quotidienne, victimes de discriminations flagrantes. La société égyptienne est gangrénée par l’inflation, le chômage et la corruption. Tous souffrent, mais les Coptes plus que les autres, du fait de leur religion qui s’inscrit en lettres de feu sur leurs cartes identité. Trouver un emploi, un logement, éduquer dignement leurs enfants relève, dans un tel contexte, du parcours du combattant. Même si le pouvoir a affirmé, à maintes reprises, que les coptes font partie intégrante de la nation, ils restent des citoyens de seconde zone, une minorité soumise au bon vouloir des exécuteurs de la loi. Or les Coptes ont toujours tort et aucune tribune où faire entendre leur voix. Les rares chrétiens qui se sont présentés aux élections législatives de 2005 ont rapidement demandé à être rayés des listes des candidats. Trop de pressions, trop d’intimidations ont eu raison de leur détermination première. • La cible désignée des islamistes La situation des Coptes s’est récemment agravée avec la montée de l’intégrisme musulman. Il arrive que des églises soient incendiées, des fidèles agressés, des jeunes filles enlevées et contraintes d’accepter la foi musulmane. Le pouvoir tente, tant bien que mal, de protéger les chrétiens. Mais qui gouverne la rue en Egypte? Les responsables politiques dont les photos ornent les murs des édifices publiques ou bien, cachés dans leurs mosquées et leurs universités, les chefs religieux ? En 2007, la police égyptienne pénétrait pour la première fois à l’intérieure de l’Azahr, la citadelle de l’Islam sunnite. Elle y découvrait une véritable armée : plus de 4.000 étudiants dûment endoctrinés qui se préparaient à passer à l’extrême. L’objectif de ces mojahidines est clair. Ils veulent arrêter le temps, revenir à l’époque des califes et rétablir, de gré ou de force, le pouvoir religieux. Ce que confirmait dans La Croix du 9 novembre 2005, le secrétaire général des Frères musulmans, Mohammed Habib : “ Nous avons un programme. L’Islam est la solution et la bonne… si nous arrivons au pouvoir, la Charia sera appliquée ». Certes, les Frères musulmans ne sont pas autorisés à se constituer en parti politique. Mais, infiltrés dans d’autres formations, ils ont aujourd’hui à l’assemblée nationale 87 députés qui ne cachent plus leur appartenance à la confrérie. Leur influence ne cesse de progresser dans le peuple, auprès des plus pauvres qu’ils aident par leurs œuvres de bienfaisance, mais aussi de la classe moyenne, fragilisée par la crise économique, et de tous les syndicats. • Des discriminations constitutionnelles Pour contrer l’avancée de l’islamisme intégriste, le pouvoir égyptien s’oriente vers une réforme de la constitution et ouvre le débat sur la laïcité. Chrétiens et Musulmans éclairés se retrouvent en effet dans la doctrine égyptienne selon laquelle “la religion est à Dieu et la patrie à tous ”. Bien éloignée de cette déclaration de principe, la constitution actuelle, tout en reconnaissant la liberté de culte, entérine les discriminations dont sont victimes les coptes. - Selon l’article 2, les principes de la Charia sont la source de la législation et non, comme le précisait un article de 1971, une des sources de celle-ci. Elle consacre le statut avilissant de la Dhimitude dont certaines formes ont été légalisées. D’après l’article 103, al-Azhar est financé par l’Etat, donc par tous les contribuables y compris les Coptes, dont l’Eglise, les institutions et les collèges ne reçoivent aucune subvention. L’article 69 enfin, stipule qu’il est interdit à un musulman de renoncer à sa foi. Celui qui contreviendrait à cette loi en se convertissant au christianisme pourrait, dans le cadre d’une application stricte de la Charia, se voir condamné à la peine capitale. • La guerre de l’apostasie Rappelons à ce propos la triste histoire, révélée aux français par le Figaro du 17 août 2007, de Mohammed Hegazi. Ce jeune homme de 25 ans, né musulman, a voulu après sa conversion au christianisme, officialiser son changement de religion sur ses papiers d’identité. Considéré comme apostat, il craint aujourd’hui pour sa vie et pour celle de son épouse. Même si le grand Moufti d’Egypte a récemment affirmé que la justice des hommes ne saurait se substituer à la justice divine, chaque jour, ou presque, la presse cairote se fait l’écho d’appels au meurtre. Si l’on en croit le quotidien “ al-Messa’ ”, les oulémas se seraient prononcés, contre le grand moufti, sur la nécessité de tuer l’apostat. Les exemples de ce type ne manquent hélas pas. La presse égyptienne, qui jouit sous Moubarak d’une liberté de parole toute nouvelle, est pleine de ces affaires. Elles se font si nombreuses que dans “ l’Egyptien aujourd’hui ” Hamdi Rezk n’hésite pas à parler d’une véritable guerre de l’apostasie. Une guerre où l’absurde le dispute au tragique. Le cas du jeune Mina est en ce sens exemplaire. Mina a 16 ans. Avec ses camarades de classe, il se rend au bureau civil pour y obtenir le numéro national d’immatriculation nécessaire à l’inscription au baccalauréat. Et là, stupeur, un fonctionnaire lui apprend qu’il est musulman. Musulman car son père, dans le plus grand secret, a abandonné la religion chrétienne pour se convertir à l’Islam. Mina ne comprend pas : il est chrétien depuis toujours, “ il croit en Issa, il prie devant l’autel et demande la bénédiction de la Vierge Marie ”. Le fonctionnaire s’entête, il ne veut rien entendre. Mina, fidèle à la foi de son baptême, refuse la carte que l’homme lui tend et qui le dit musulman. En un instant, la vie de l’adolescent bascule. Malgré de nombreux soutiens, il ne pourra passer son Bac. Il intente alors un procès au tribunal administratif. Qui le déclare apostat. Pourquoi apostat? C’est la question posée par de nombreux intellectuels de toute confession. Où est la faute de ce jeune homme qui, jamais, n’a renié l’Islam puisque, jamais, il ne fut musulman ? • La liberté religieuse, fruit de la laïcité Au gré des affaires, les tribunaux administratifs se réfèrent, tantôt à la constitution qui autorise le changement de religion, tantôt au Coran qui le refuse. Ou plutôt qui le refuserait, car une sourate, que les intégristes préfèrent oublier, précise qu’il n’y a "pas de contrainte en religion". Pour mettre fin au pouvoir discrétionnaire des juges, l’Etat doit s’engager, sans ambigüité, dans le difficile combat pour la laïcité que les coptes appellent de leurs vœux. Les musulmans éclairés, qui vivent un Islam ouvert et tolérant, souhaitent pareillement que chacun ait la liberté de penser comme il veut et de croire comme il l’entend. Signe que l’intégrisme musulman n’est pas une fatalité mais le fait de fondamentalistes qui, pour parvenir à leurs fins, instrumentalisent la religion. Si le pouvoir peut résister aux combats d’arrière-garde que livrent les extrémistes, la liberté religieuse ne sera plus un mirage mais le fruit heureux de la laïcité. Consubstantielle à la démocratie, elle est la condition nécessaire à la coexistence sereine et pacifiée des Egyptiens chrétiens et musulmans. Encore faut-il s’assurer que laïcité ne signifie pas laïcisme… mais c’est là une autre histoire. Mgr Michel Chafik Recteur de la Mission copte catholique de Paris
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